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jeudi 3 novembre 2011

Réédition : Les amies transsexuelles de Christer Strömholm enfin mises à l'honneur


Voilà une réédition réussie, qui vient combler une demande inespérée : publié en 1983, Les Amies de la Place Blanche rassemblait les photographies de Christer Strömholm réalisées à Pigalle entre 1956 et 1967 environ, et nous plongeait dans l’univers des transsexuelles qui y habitaient et vendaient pour beaucoup leurs charmes. L’ouvrage constituait alors un véritable ovni, tant pas l’originalité de son thème que par la démarche du photographe. Comme le précise Hélène Azera dans sa préface, il s’agit moins d’un regard documentaire que d’un « véritable album de famille ». La série fera connaître le photographe suédois dans toute l’Europe, et le livre sera finalement épuisé quelques années plus tard, avant de devenir carrément introuvable.

Cette réédition, que l’on pourra trouver en librairie dès cette semaine, ne se contente pas de reprendre le contenu du livre original. Des clichés inédits y ont été ajoutés, et on peut également y trouver le précieux et passionnant témoignage de Jackie et Nana, les deux grandes amies transsexuelles de Christer Strömholm, décédé en 2002. Elles y racontent non seulement leur propre histoire mais leur rencontre avec le photographe et leurs années passées à Pigalle, au cœur d’un monde aujourd’hui totalement disparu.
Si la question transsexuelle et transgenre est aujourd’hui encore tabou, peu évoquée, et que les personnes au coeur de ce débat sur le genre et l’identité sont toujours considérées comme des marginaux, comment vivait-on cela dans les années 1950 et 1960, décennies françaises encore marquées par un conservatisme ambiant, avant que ne se déclenche une libération sexuelle finalement illusoire ?


Christer Strömholm, Les Amies de la Place Blanche                                                                     
Editeur : Aman Iman (2011)

224 pages
Taille : 29 x 22 cm
Prix livre seul 45 euros

Edition spéciale sous coffret comprenant un tirage réalisé d'après négatif original sur papier
Aquarelles Rives Arches, numéroté et signé.
Trois visuels disponibles.
Prix sur demande.
Disponible uniquement à la Galerie VU' (58 rue Saint-Lazare, 75009 Paris, métro Trinité d'Estienne d'Orves)

dimanche 16 octobre 2011

Claudine Doury au Pavillon Carré de Baudouin


         Pour ceux qui ne seraient pas encore allé voir l’exposition de Claudine Doury au Pavillon Carré de Baudouin, il devient urgent d’y faire un tour, les clichés de la photographes étant exposés jusqu’au 26 novembre seulement. Le lieu, déjà, vaut le détour, la folie construit au XVIIIe siècle et située aujourd’hui en plein cœur de Ménilmontant est plaisante par son architecture néoclassique et sa façade à colonnade. Mais les tirages qu’elle abrite en ce moment restent bien sûr notre principal intérêt !
        Divisée en trois partie, l’exposition est une quasi-rétrospective du travail de Claudine Doury, marquant son intérêt pour l’adolescence, période où l’enfance disparaît et laisse s’installer les prémices d’un âge adulte qui a oublié ses rêves. Une période où l’on découvre l’autre mais également soi : on se positionne alors dans un genre, mais tout en retenue. Rien n’est joué, l’identité est encore glissante.

Les photographies présentées dans la première partie s’attachent davantage à l’aspect intime de cette période particulière : Sasha, sa dernière série, et Les Princes Charmants (un travail toujours en cours) présentent d’une part les  « jeux secrets » de l’adolescence, et ses rites cachés, à la fois joués et vécus dans une simultanéité troublante ; et d’autre part évoquent la figure du garçon, inquiétante, séduisante, une bête nouvelle, dévorante mais traquée ici par l’objectif de Claudine Doury.

Avec Artek, un été en Crimée, présentée dans la première salle à l’étage, l’adolescence apparaît dans ses manifestations collectives, complément adéquat au début de l’exposition. Le contexte est, de plus, intriguant : c’est lors de ses séjours dans un des derniers ex-camps de jeunes pionniers soviétiques, entre 1999 et 2003, que la photographe a réalisé ces images. Les uniformes d’antan sont toujours de mise, et les activités reflètent encore l’idéal communiste, des danses et des défilés dont le contenu s’efface.

La troisième et dernière partie de l’exposition est à placer à part, car éloignée des thèmes que nous avons évoqués précédemment. Loulan Beauty narre plutôt une traversée de l’Asie centrale, évoque les villes aux mosquées de briques vernissées au cœur de l’Ouzbékistan, la mer d’Aral asséchée et son paradoxal désert aux épaves rouillées, et enfin le Xianjiang chinois. Une pérégrination poétique parmi une multitude de paysages, ponctuée de rencontres discrètes et énigmatiques : les personnages que fixe Claudine Doury sur sa pellicule semblent figés dans un autre temps, au coeur d’un décor révolu.


Claudine Doury, Photographies
Du 23 septembre au 26 novembre 2011
Pavillon Carré de Baudouin
121 rue de Ménilmontant (Métro Gambetta / Bus 26 ou 96, arrêt Pyrénées-Ménilmontant)
75020 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h


Des projections sont organisées en parallèle de l’exposition, dans l’auditorium du Pavillon Carré de Baudouin :

Samedi 29 octobre 2011 à 15h : Le miroir d’Andreï Tarkovski (sous réserve)
(Russie, 1974, 1h45). Un homme malade se penche sur sa vie. Passé et présent se mélangent dans l’esprit d’un homme qui cherchait «seulement à être heureux».

Samedi 5 novembre 2011 à 15h : Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann (Allemagne, 2010, 1h29).
En 2008, Pina Bausch, quelques mois avant sa mort, décide de reprendre son fameux spectacle Kontakthof, non plus avec sa troupe, mais avec des adolescents de 14 à 18 ans qui ne sont jamais montés sur scène et n’ont jamais dansé. Ce documentaire est leur histoire...

Vendredi 18 novembre 2011 à 19h : Virgin Suicides de Sofia Coppola
(Etats-Unis, 1999, 1h36). Dans une ville américaine tranquille et puritaine des années soixante-dix, Cecilia Lisbon, treize ans, tente de se suicider. Elle a quatre soeurs, de jolies adolescentes. Cet incident éclaire d’un jour nouveau le mode de vie de toute la famille.


A NOTER EGALEMENT : Sasha fait l’objet du dernier livre de Claudine Doury, qui vient d’être publié aux éditions Le caillou bleu.
La série sera exposée dans son intégralité à la Galerie Particulière fin janvier.

samedi 1 octobre 2011

Denis Dailleux et le Ghana à la galerie Camera Obscura


Denis Dailleux ne se contente pas d’exposer chez Camera Obscura une nouvelle série très éloignée de son Caire fétiche et de son Egypte chérie. Non, ici, unité de temps et de lieu, une histoire qui se dessine dans un décor incroyable : le petit port d’Accra, capitale du Ghana, et Cape Coast, 200 kilomètres plus à l'ouest.

James Town, Ghana, 2010
Il faut imaginer la grève, les canots aux coques colorées alignés sur le rivage, des enfants courent sur la plage pendant que les femmes s’occupent du poisson ramenés par les pêcheurs et s’occupent de son conditionnement. Des équipages réparent déjà leurs filets, abîmés en plusieurs endroits lors de la pêche de cette nuit, d’autres se mettent à nu et se lavent enfin, le corps recouvert de mousse blanche. Plus loin, les cabanes d’habitation, des vieilles femmes que la vie n’a pas non plus épargnée essaient de se rendre utile auprès des plus jeunes.

L'enfant au tee-shirt, Cape Coast, 2009
Toutes les photos prises à Accra et Cape Coast semblent simultanées, comme si le photographe avait hérité d’un don d’ubiquité, toutes les parties du port s’animent en même temps. Or, il n’en n’est rien, certains clichés sont même séparés d’un an. Denis Dailleux garde cette façon sincère et cordiale – qu’il montrait déjà il y a dix ans dans ses premières images d’Egypte – d’aborder les gens qu’il veut prendre en photo, avant de les fixer dans leur environnement quotidien, conservant en arrière fond le dénivelé d’une rue ou la mer et son horizon, comme si ces décors devaient apporter un signe : l’avenir ? 

Tout cet onirisme, cette douceur sont aussi transmises par les couleurs et la lumière des photographies, comme peintes. Les teintes pastelles, des bleus des verts, du blanc pur, font plus ou moins écho (pour l’historien de l’art) aux scènes de genre de la peinture hollandaise du XVIIe siècle, mais avec ces flous : le mouvement n’est pas caché. Le format contribue également à cette impression : carré, particulièrement adapté aux portraits, il offre également l’avantage de souligner les perspectives et les points de fuite. Les tirages sont de grande et moyenne dimensions troisième élément fondamental : le visiteur se plonge au cœur des photographies car il y est invité, nos pieds reposent sur ce sable foncé, passent entre les coques des embarcations et gagnent le rivage…



Exposition "Ghana", Denis Dailleux
Du 9 septembre au 22 octobre 2011 
Galerie camera obscura
268 boulevard Raspail (Métro Raspail)
75014 Paris
Ouvert du mardi au samedi, de 13h à 19h

mercredi 28 septembre 2011

Dernier jour de l'exposition 'Underwater' de Bastien Lattanzio à la galerie 0fr !


Si l’on connaissait Bastien Lattanzio pour ses séries de mode pour GQ, Muteen ou Grazia (entre autres), voici enfin l’occasion de découvrir l’un de ses projets personnels, intitulé « Underwater », et exposé à l’0fr jusqu’à ce soir. Une série préparée à l’avance, mais réalisée avec les moyens du bord lorsque l’occasion se présenta de la mettre finalement en œuvre, lors d'un séjour en Corse.

Si l’exposition est malheureusement trop courte dans le temps, elle ne déçoit pas au niveau des images : les tirages grand format (70 x 100 cm) produisent un effet grandeur nature, et le modèle se retrouve quasiment reproduit à taille réelle. Les photographies, de prime abord naïves, deviennent de fait beaucoup plus troublantes. On croirait presque se trouver au milieu d’un océarium dont les parois seraient percées de 12 ouvertures, à travers lesquelles divers spécimens d’une même espèce de sirène à branchies nageraient, murées dans un bassin aux limites incertaines. Les photographies, toutes tirées sur papier brillant et encadrées sous verre, accentuent cette effet de vitrine scientifique.

Le photographe use de cadrages serrés et reste toujours proche de son modèle. En résulte alors pour le spectateur une sensation à la fois plaisante et malsaine de se trouver en position de voyeur. Le corps est dévoilé, les formes aussi, seule le visage de cette femme demeure inconnu, la tête parfois coupée, hors du cadre, la chevelure seule signe d’un crâne aux yeux bleus.


Exposition "Underwater" de Bastien Lattanzio
Du 26 au 28 septembre 2011 
Librairie et galerie l'0fr
20 rue Dupetit Thouars (Métro République)
75003 Paris
Ouvert de 10h à 19h

jeudi 29 octobre 2009

RAISE Magazine n°3

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Je rattrape aujourd'hui mon retard promotionnel...
Cela faisait longtemps que je préparais ce billet (depuis la sortie du mag en fait), mais je m'y suis pris comme un manche avec la taille des images etc., puis il y a eu la coupure d'électricité à la maison (une semaine entière quand même !) qui m'a stoppé en plein élan rédactionnel.

En tout cas, le voilà le dernier numéro du magazine photo RAISE, téléchargeable en intégralité ici :
http://www.raise-magazine.com/#/LastIssue

"C'est frais, c'est classieux" comme dirait Philippe Katerine...

Et voici une petite série extraite du mag pour la route, mon texte y accompagne des illustrations rétro-futuristes de Julien Pacaud que je trouve magistrales. Vous pouvez d'ailleurs découvrir le reste de son travail ici :
http://www.julienpacaud.com

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vendredi 16 octobre 2009

Guy Bourdin au Bon Marché



Jusqu’au 29 Octobre, Guy Bourdin est présenté au 2e étage du Bon Marché. Une exposition à ne pas manquer, et ce pour plusieurs raisons. C’est bien la première fois que les films 8 mm, Super 8, 16 mm et Polavision de l’artiste, numérisés pour l’occasion, sont rassemblés en une seule exposition et présentés sur grand écran. Certaines séquences sont même inédites.

Tournées entre 1950 et 1980, la plupart du temps lors de ses différentes séances photos pour Vogue ou les publicités Charles Jourdan, elles sont d’un intérêt rare : loin de simplement compléter ou éclairer la démarche photographique de Guy Bourdin, elles constituent une part entière de l’œuvre du photographe, mais une œuvre parallèle et jamais exploitée par ce dernier.

Alors que les photographies de Bourdin sont narratives, compilent et suggèrent en une seule image plusieurs moments que le spectateur doit imaginer et reconstituer afin d’établir une chronologie de l’histoire présentée, les vidéos relèvent d’une démarche totalement différente. En effet, dans les films présentés à l’exposition, il n’y a pas de narration. Il s’agit d’instantanés, de moments fugaces capturés dans le mouvement et dépourvus d’organisation. Plans larges, gros plans, la caméra se déplace d’un point à l’autre du ou des modèles sans recherche de cohérence, plutôt dans une inlassable recherche de quelque chose d’invisible, au-delà de la simple apparence immédiate.

De même, certaines séquences, dont l’une tournée en Martinique en 1974 avec le mannequin Tracy Weed, révèlent les films de Bourdin en tant qu’études de décor, de l’espace, du cadrage, comme si l’artiste avait voulu s’imprégner du lieu, faire quelques essais de prises de vues animées pendant la préparation du shoot, avant de reprendre son appareil photo et fixer les instants sur la pellicule. Ce qui frappe aussi, ce sont les couleurs, identiques à celles des photographies sur papier, malgré la différence de médium. Bourdin a su garder sa maîtrise de la lumière malgré les changements de technique. Plusieurs séquences, dont l’une tournée à Veules-les-Roses en 1974 avec Carole Singleton et l’autre Rue des Ecouffes avec Dominique Sanda en 1975, montrent ces couleurs en extérieurs ou en studio caractéristiques, et les motifs que Bourdin affectionnait : la mise en abyme, le reflet, la symétrie autour d’un point central.

La scénographie a d’ailleurs su prendre en compte ces thèmes, notamment avec des sols en papier miroir pour les deux vidéos qui font suite à l’entrée de l’exposition, et reflètent les séquences présentant des plans rapprochés de Dominique Sanda et Lila, deux égéries de l’artiste. De même pour la salle centrale, en cercle, sur les parois duquel quatre films différents se suivent et sont présentés deux fois, en écho, pour former en tout 8 écrans en continu.

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Mais le point négatif de l’exposition est sans doute de ne pas avoir mis en relation les différents films avec les photographies des mêmes séances photos, car une comparaison aurait été plus qu’intéressante et peut-être éclairante pour le visiteur néophyte. De même, à part une biographie chronologique et un texte généraliste (certes bien construit, clair et agréable) présentant le travail de Guy Bourdin dans ses grandes lignes, il aurait fallu éclaircir un peu plus les grands thèmes abordés par l’artiste dans son œuvre, au-delà de la simple « inspiration surréaliste » qui est resservie à chaque exposition qui lui est consacrée, même si certes, elle est justifiée. De fait, le néophyte aura peut-être tendance à jeter un regard rapide sur chaque film sans le relier à des repères précis de l’œuvre de Bourdin, et trouver l’exposition, malgré ses grandes qualités, un peu répétitive.

Enfin, en ce qui concerne le connaisseur, il sortira ravi mais frustré de ne pas trouver un catalogue d’exposition présentant des captures de chaque séquence et des explications complémentaires quant au contexte de réalisation de ces mêmes séquences, certaines relevant de la vie personnelle de l’artiste ou de séances photos restées inédites. Le seul ouvrage proposé à la sortie, malgré le libellé « réalisé à l’occasion de l’exposition Guy Bourdin, ses films… » est une compilation des polaroïds de l’artiste, non référencés, non datés, et n’apportant donc pas le complément à l’exposition que l’on aurait pu à la limite attendre. On se contentera donc, dans l’ouvrage cité (publié aux Editions Xavier Barral), d’en savourer le potentiel esthétique…